La vraie taille des pays : Mercator, Peters ou Equal Earth ?
La vraie taille des pays : Mercator, Peters ou Equal Earth ?
Sur la carte du monde que beaucoup d'entre nous ont eue sous les yeux à l'école, le Groenland paraît aussi grand que l'Afrique. Et pourtant, le continent africain est quatorze fois plus vaste : environ 30 millions de km², contre un peu plus de 2 millions pour le Groenland. Ce n'est pas une erreur de dessin : c'est la géométrie qui impose un choix, car on ne peut pas aplatir une sphère sans rien sacrifier.
« Non seulement il est facile de mentir avec les cartes, mais c'est indispensable. »
— Mark Monmonier, géographe américain, dans How to Lie with Maps (1991), paru en français sous le titre Comment faire mentir les cartes (notre traduction).
Monmonier ne parle pas d'abord de tromperie : pour faire tenir un monde en trois dimensions sur une feuille qui n'en a que deux, une carte doit forcément déformer la réalité. Pour donner une image utile et fidèle, conclut-il, « une carte exacte doit dire de pieux mensonges ». Chaque projection choisit donc ce qu'elle préserve et ce qu'elle sacrifie : les angles, les surfaces ou les distances.
Le 4 septembre 2026, l'Assemblée générale des Nations unies a pris position sur ce choix : pour comparer des pays et des continents, elle encourage les projections qui respectent les surfaces relatives, comme la projection Equal Earth. On fait ici le point : comment fonctionnent les projections, ce que l'ONU a vraiment voté et comment choisir sa carte du monde (qu'on appelle aussi planisphère).
Ce que l'ONU a voté, et ce qu'elle n'a pas voté
Le 4 septembre 2026, l'Assemblée générale des Nations unies a adopté la résolution « Corriger la carte » (Correct the Map), portée par le Togo au nom du groupe africain, par 164 voix pour, une contre et six abstentions.
Le texte encourage les gouvernements, les écoles, les organisations internationales et les entreprises technologiques à utiliser Equal Earth ou d'autres projections équivalentes, c'est-à-dire qui respectent les surfaces, lorsque la taille relative compte. Il les invite aussi à enseigner les limites de toute carte plane.
On a pu lire que l'ONU avait « adopté une nouvelle carte du monde ». Il s'agit en réalité d'une recommandation : la résolution n'est pas contraignante, n'interdit pas Mercator et n'impose aucune carte unique.
Le même jour, le ministère français des Affaires étrangères a officialisé l'abandon de Mercator sur ses cartes, au profit, selon la presse, d'Eckert IV, une autre projection équivalente, dessinée en 1906 par le géographe allemand Max Eckert-Greifendorff.
Quelle carte du monde choisir ?
Il n'y a pas de carte parfaite, seulement des cartes adaptées à un usage.
Pour voir la taille réelle des pays, à la maison comme en classe : une projection équivalente. Equal Earth pour des formes naturelles, Gall-Peters pour un format rectangulaire qui occupe tout le mur.
Pour naviguer : Mercator, toujours utilisée sur les cartes marines.
Pour bousculer les habitudes : une carte « sud en haut ». Le nord en haut n'est qu'une convention, et changer de point de vue est un excellent exercice.
💡 Une idée pour la classe : affichez côte à côte une carte de Mercator et une carte qui respecte les surfaces, comme Equal Earth ou Gall-Peters, puis demandez aux élèves de comparer le Groenland et l'Afrique. La discussion vient toute seule.
→ Tous nos planisphères et cartes du monde
Pour aller plus loin
→ Les cartes, un outil de pouvoir débattu aux Nations unies (Le Monde, 27 septembre 2026) : un remarquable format visuel sur les projections et les enjeux du vote.
→ Compare Map Projections : plus de 300 projections à parcourir d'une flèche à l'autre, dont Equal Earth, Gall-Peters et Eckert IV.
→ The True Size Of : faites glisser un pays sur la carte pour voir sa vraie taille.
→ Le glossaire de Géoconfluences (ENS de Lyon) : les grandes familles de projections, expliquées par des géographes.
→ La projection Equal Earth sur Wikipédia.
Toute carte ment un peu ; l'important est de savoir sur quoi ! Pour une salle de classe, un bureau, le salon ou une chambre d'enfant, trouvez la vôtre parmi nos planisphères et cartes du monde.
La carte du monde la plus familière repose sur la projection imaginée par le cartographe flamand Gerardus Mercator, en 1569. Elle a été conçue pour les marins, et non pour comparer la taille des pays : une ligne droite tracée sur la carte y correspond à un cap constant à la boussole. Pour conserver les angles, Mercator étire les surfaces de plus en plus à mesure qu'on s'éloigne de l'équateur. Près des pôles, l'agrandissement devient énorme, et les pôles eux-mêmes ne peuvent pas figurer sur la carte.
La réponse la plus célèbre à Mercator porte le nom de l'historien allemand Arno Peters. En 1973, il présente une carte où chaque pays retrouve sa surface réelle : l'Afrique y reprend toute sa place face à l'Europe. L'idée n'était pas tout à fait neuve, puisque le pasteur écossais James Gall avait présenté la même projection dès 1855. D'où son nom : la projection de Gall-Peters.
L'adoption de Gall-Peters par les écoles de Boston a donné une idée à trois cartographes (Bojan Šavrič, Bernhard Jenny et Tom Patterson) : proposer une autre carte respectant les surfaces, aux formes plus proches de celles du globe. Leur projection, Equal Earth, est publiée en 2018.
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